Le message suivant est extrait d'un échange entre Thierry LARONDE et d'autres membres organisateurs des RMLL. Il est reproduit ici car il expose clairement comment logiciels libre et argent peuvent cohabiter.

Date: Thu, 14 Sep 2000 16:33:24 +0200
From: Thierry Laronde <thierry.laronde@polynum.com> 
To: abul
Subject: Re: Politique à destination des donateurs
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RMS ne serait pas ce qu'il est, et n'aurait pas fait ce qu'il a fait,
s'il n'avait pas le gentil caractère qu'il a, et n'assurerait pas la
survie du libre s'il ne prenait pas les positions extrêmes qu'il prend :
il faut ajouter beaucoup d'eau chaude à l'eau froide pour conserver un
truc un peu tiédasse. Mais il s'en faut de beaucoup pour que je
considère l'intégralité de ses options comme un objectif souhaitable.

Quand on lit, par exemple, les explications qui figurent dans le manuel
TeXinfo d'Emacs, et qui sont historiquement les plus originelles, il est
clair que la contradiction : "je développe du libre, mais il faut que
j'en vive, donc il faut bien que, d'une manière ou d'une autre, j'en
reçoive une rémunération" est problématique ; la façon la plus simple
d'assurer la rémunération, c'est de faire payer le logiciel ;
substituer le « don » au prix, c'est du jésuitisme, et c'est dangereux.
Autant appeler les choses par leur nom. Ajouter à cela le free==gratuit
qui fait énormément de mal et continuera d'en faire ; ajouter l'histoire
de la « communauté », qui signifie implicitement que chacun va y mettre
sa part, et qui ne fonctionne qu'entre développeurs réels, communauté
qui s'étend de plus en plus à des gens qui respectent le principe
communiste « donne moi ta montre, je te donnerai l'heure », il ne faut
pas être grand clerc pour s'apercevoir que le libre n'a pas
automatiquement, inéluctablement, un avenir brillant.

Ce qui fait la force du capitalisme, ce n'est pas la beauté de ses
objectifs, c'est la robustesse de ses principes : il est basé sur la
médiocrité et la rapacité, conditions qui sont généralement vérifiées.
Le but du jeu est donc de trouver un moyen d'atteindre des objectifs
hauts --- le libre --- en utilisant la réalité, dont les ressorts sont
majoritairement bas : « Il n'y a pas de politique qui vaille en dehors 
des réalités ».

Qu'est-ce à dire ? 

Que pour que celui qui _bosse_ puisse conserver le bénéfice de ce qu'il
fait --- « les cerveaux sont fâcheusement pourvus d'un estomac » disait
déjà Perrin au début du siècle ---, il faut que naturellement, par
l'_information_, ce soient ceux qui participent au libre qui soient
devant l'affiche de telle manière qu'ils aient un soupçon de récompense.
La meilleure manière de pérenniser le libre, c'est de faire en sorte que
ceux qui en vivent soient précisément ceux qui le font vivre.

Il y a deux conditions : publicité de l'information (c'est un principe
tout à fait libéral, Cf Adam Smith --- je ne suis pas libéral, je suis
schumpeterien, Aloïs Schumpeter étant cet économiste qui a eu cet
éclair de lucidité : « les économistes ne servent à rien !»), et
vérification de l'implication de ceux qui publient dans la vie du
logiciel libre.

En pratique. Pour que le libre vive, il faut qu'il permette d'en vivre.
Pour permettre d'en vivre, il faut un minimum de publicité. Pour que
cette publicité soit conforme à l'objectif --- promouvoir le libre ---
il faut qu'elle ne soit pas mensongère, c'est-à-dire que les entreprises
ou individus faisant cette publicité fassent vivre le libre.

Pour qu'une entreprise sponsorisant les RMLL tire vraiment un bénéfice
du sponsoring, il faut qu'elle s'affiche, non seulement par une
participation financière, mais par la présence de ses développeurs qui
doivent manifester leur implication dans le mouvement. Une entreprise
qui ne ferait que de l'affichage serait rapidement connue dans le milieu
(information). Et si l'entreprise arrive à en vivre, c'est le libre qui
en vivra (et pour ça, je vous renvoie aux textes de Stallman).

Les RMLL n'ont de sens que si elles facilitent la promotion et le
développement du libre. La différence entre les RMLL et les
manifestations « Linux », c'est dans le contenu : dans les shows
commerciaux, on vante des produits. Durant les RMLL, on discute, on
développe et on améliore des solutions informatiques.

Non seulement il n'y a pas antinomie entre publicité de la part
d'entreprises :
- ne vendant pas de logiciels propriétaires ;
- faisant du service autour du libre ;
- dès lors qu'il n'y a aucun contrat d'exclusivité (concurrence) : on ne
  peut pas « acheter » l'interdiction d'autres sociétés dans le même cas
  de se promouvoir ;

mais cela fait même partie d'une stratégie de pérennité du mouvement.

J'ajoute, que les débats autour de cet « argent » sale détournent du
véritable problème, et du danger principal qui est celui des brevets
logiciels.

A+

Thierry LARONDE - /home du SDF (Site Debian Francophone)




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